POLITIQUE EUROPEENNE DE VOISINAGE
POLITIQUE EUROPEENNE DE VOISINAGE
L’Algérie « en position de force »
Nabila Amir, El Watan, Bruxelles 4 mars 2010
Il y a cinq ans, l’Union européenne (UE) a mis en place un nouveau concept connu sous l’appellation de la politique européenne de voisinage. Une démarche qui vise à maintenir l’équilibre au sein de l’union européenne en raison de son élargissement à d’autres pays et la stabilité au niveau de sa périphérie. De 15 états membres, l’Union européenne est passé à 27. Contrairement au Maroc et la Tunisie, la Libye et Algérie, pays importants dans la rive méditerranéenne, ont refusé, pour l’heure, d’adhérer à la politique européenne de voisinage. Pourquoi ce refus? Et pourquoi l’Union européenne s’intéresse-t-elle autant aux pays du Maghreb ?. Des experts et des membres de la commission européenne ont tenté de répondre à cette question lors d’un séminaire de formation organisé cette semaine à Bruxelles par l’organisation non-gouvernementale britannique, Thompson Foundation, autour du thème « la Politique Européenne de voisinage (PEV) et ses perspectives ».
A l’unanimité, les intervenants ont confirmé la réticence de l’Algérie vis-à-vis de cette nouvelle politique de voisinage. Etant un pays riche, l’Algérie se place en position de force et, de ce fait, elle exige un traitement particulier. Elle veut tout simplement négocier son entrée en la matière. « L’Algérie veut d’abord négocier avant de s’impliquer dans ce processus. Étant une force dans la région, l’Algérie refuse que l’on lui dicte la démarche à suivre et considère cette politique comme étant en quelque sorte une ingérence dans ces affaires interne ; ce qui a notre avis n’est pas le cas», a précisé Monica Liberati, membre de la commission européenne chargée d’aide et de coopération. Pour l’UE, le Maroc est le bon élève. Pour décrocher des marchés, il exécute à la lettre les directives de l’UE. Quant à, la Tunisie elle est très critiquée sur le plan des droits de l’homme et de la liberté de la presse. Rosa Balfour, chargée de la politique européenne pour le centre au sein de la commission européenne estime que « l’Etat tunisien est tout simplement un Etat policier, il doit se corriger s’il veut être dans les bonnes grâce de l’UE » Pour sa part la Libye, est à la fois un pays intéressant pour l’UE , mais qui pose énormément de problème, selon l’intervenante. Toutefois, pour le moment l’UE essaye de convaincre Tripoli d’intégrer la politique de voisinage. Bernard Brunet, membre de la commission européenne chargé de l’unité Maghreb, a expliqué dans les détails pourquoi le Maghreb est important pour l’Union européenne.
Une coopération pour lutter contre le terrorisme
Il y a, selon lui, des liens historiques et humains fondamentaux entre les deux parties que nul ne peut ignorer. Sur le chapitre économique, plusieurs entreprises européennes espèrent investir au Maghreb, une région ou la croissance économique est importante. Les opportunités d’investissement ainsi que la sécurité énergétique intéressent également l’UE. Dans ce sillage l’Algérie et la Libye sont considérés comme producteurs important d’hydrocarbures, alors que la Tunisie et le Maroc sont des pays important en matière de transit de ces flux énergétiques. Aujourd’hui le Maghreb est considéré comme un important partenaire et il le sera davantage dans le futur si le potentiel en matière d’énergie renouvelable, notamment au niveau du solaire et de l’éolien, se développe de façon considérable. Sur le plan politique, le volet sécuritaire est devenu une préoccupation majeure pour l’UE, notamment les questions liées au développement du terrorisme à la fois dans certains pays du Maghreb et surtout de plus en plus aujourd’hui dans la région du Sahara et du Sahel. Pour les membres de l’UE, El Qaida au Maghreb représente une véritable menace d’où, de leur avis, la nécessité et l’importance d’une coopération entre l’Europe et les pays du Maghreb. Mais au delà des questions liées au terrorisme il y a aussi la coopération Maghrébine contre les trafics illégaux. Le Maghreb est devenu incontestablement une zone de transit. « Il y a lieu de souligner qu’une partie de la cocaïne qui est produite en Amérique du sud transite par l’Afrique de l’ouest et remonte ensuite en Europe par les pays du Maghreb », observe Bernard Brunet. Il estime que le Maghreb constitue à la fois et une source de menace potentielle pour l’UE et une source de coopération afin de lutter contre ces fléaux qui gangrènent y compris leur société. « Le trafic de drogue et d’êtres humains est très répandu au Maghreb. Ces populations viennent d’Afrique subsaharienne, d’Asie et transitent par certains pays du Maghreb, plus particulièrement la Libye et l’Algérie », a souligné Brunet. La rive de la méditerranée, selon les membres de la commission européenne, est aussi une zone ou le trafic d’arme de petit calibre et d’autres substances illicites s’exerce couramment par des réseaux bien organisés. Toutefois, ces facteurs nuisibles sont autant de raisons qui appellent au développement d’une coopération entre l’UE et les autorités de ces pays pour combattre ces phénomènes. L’environnement et le défi de l’emploi constituent une autre priorité pour l’UE. Sur un autre chapitre lié à l’accord d’association qui entré en vigueur en 2005,les intervenants ont tous soutenu que ce projet avance difficilement.
l’UPM, un projet mort né
En 2008, les deux parties ont élabore une feuille de route qui vise justement à mettre en œuvre cet accord afin de déterminer de manière précise les objectifs et accélérer par la même le rythme de la coopération. Néanmoins, entre 2007-2008, L’UE commençait à s’interroger sur la nature de la participation de l’Algérie en matière de coopération. Ce qui a alimenté ces interrogations sont entre autres les nouvelles dispositions introduites dans la loi de finance complémentaire, notamment celle liée au démantèlement tarifaire. L’Algérie, selon l’UE, n’a pas ainsi, respecté l’accord d’association. « Nous sommes actuellement en phase de renégociation », a observé Brunet. Evoquant le projet de l’Union pour la méditerranée (UPM), les intervenants, sans hésitation, l’ont tous qualifié de mort-né, ajoutant que le projet était une « invention » du président Français. Rosa Balfour est pour sa part persuadée que la remise sur rails de l’UPM est tributaire ni plus,ni moins du règlement du conflit au proche orient. Abordant la question de l’immigration clandestine, Elisabeth Collet, représentant le groupe de la politique de l’immigration, n’a pas nié que les états membres ont adopté la politique de l’immigration sélective. Une politique qui n’était pas du goût des pays tierces. «A travers cette politique, l’UE a clairement fait savoir aux pays tierces qu’elle ne prenait en charge que les immigrés dont elle a besoin. Ce message à eu des effets très négatifs sur les pays de la rive du Sud. L’UE devrait revoir sa stratégie dans le domaine de l’immigration pour arriver à un équilibre », a soutenu Mme collet.
S’agissant des enveloppes financières octroyées à chaque pays, Il y a lieu de mentionner que l’UE à un budget de 12 milliards d’euros répartis sur une période de 7 ans. Le Maroc se taille la part du lion avec 654 millions d’euros, suivi par la Tunisie avec 300 millions d’euros et enfin l’Algérie avec un montant de 220 millions d’euros. Concernant les programmes bilatéraux, le Maroc a bénéficié d’un montant de 194 millions d’euros, la Tunisie 78 millions d’euro, l’Algérie de 55 millions d’euro et enfin la Libye n’aura que 20 millions d’euro par an.
Nabila Amir