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L'Europe et le Proche orient
Changement de cap pour une nouvelle etape
L'Europe a-t-elle une politique etrangere, si oui, de quelle maniere se decline t-elle. Tres officiellement l'Union europenne repond par l'affirmative, et comme s'il s'agissait de confirmer un tel point de vue, une ONG Thompson Foundation basee en Grande Bretagne, a pris sur elle d'en examiner au moins un volet lors d'un seminaire de cinq jours organise a Beyrouth au Liban du 5 au 10 octobre dernier. Il s'agit du role de l'union europeenne dans le reglement du conflit du proche orient, un theme debattu par de nombreux experts, en fait des personnes de terrain et tres proches des dossiers qu'elles abordent. Ce sont des hommes politques et des universitaires libanais qui se sont faits forts d'etablir le lien entre differents aspects des crises libanaise et palestinienne, notamment la question des refugies vivant au Liban. Ce sont aussi puisque la question les concerne au premier plan, des ambassadeurs comme celui de Grande Bretagne ou de l'union europeenne notamment qui apportent un certain eclairage. Avec les precautions qu'il faut, afin de ne pas compromettre un processus qui s'avere declicat en fin de compte.
Forte economiquement, l'Europe revendique aujourd'hui un statut autre au plan international. Longtemps maintenu a l'ecart des questions du monde, le vieux continent aspire a jouer un role qui lui permet dans le meme temps d'assumer par lui-meme des taches qui le concernent en premier lieu. Cela s'est verifie lors de la premiere conference ministerielle euro-mediterraneenne a Barcelone en 1995 ou il n'etait pas question uniquement d'echanges commerciaux,puisque la securite dans son acception la plus large apparaissait comme une preoccupation la mieux partagee.Il est vrai que Barcelone qui n'est qu'une declaration de foi, intervenait juste après la conclusion de l'accord israelo-palestinien de 1993, et les participants a cette conference ont alors adopte une plate forme doctrinale incluant des mesures de confiance. Un engagement de principe, car cela dependait de l'application du fameux accord d'olso. C'est certainement le voeu le mieux partage, mais comment en faire plus que cela quand le texte qui a engendre cet espoir a ete mis en echec par la volonte d'une seule partie. Il s'agit bien entendu d'Israel qui en est a
contrarier la volonte de paix de toute une region, jusqu'a menacer sa securite et sa stabilite. On se rappelle que les participants a la conference de Barcelone ont clairement fait connaitre leur perception d'une telle approche , celle ci etant supposee etablir la paix dans la region,entendre par la satisfaction des droits nationaux du peuple palestinien, et non pas ce que certains parmi les europeens appellent une solution politiquement viable, alors meme que le cadre du reglement est fixe par l'onu.
C'est dans cette voie que se sont engages certains intervenants. Comme l'ancien ministre libanais des finances. Jeune, et debordant d'idees, M. Jihad Azrou qui incarne visiblement un certain renouveau de la classe politique libanaise, est alle droit au but. Le Liban dira t-il, demande le soutien international afin de faire valoir sa souverainete, et son independence. Ce qui correspond en tous points a la doctrine des Nations unies. Un objectif précis, et visiblement accessible et dans la logique des choses. Mais aussi une approche precise, puisque notre interlocuteur appellera l'UE a eviter le va et vient entre les parties libanaises, et reduire au contraire les ingerences etrangeres. Parce que dira le jeune responsable libanais, et comme pour resumer ce qui semble un consensus national, le Liban refuse d'etre l'epicentre des puissances de la region.
L'universitaire Walid Arbid, est heureux de constater qu'il y a convergence d'interets et d'objectifs. Le Liban veut la paix et l'Europe est en quete d'un espace strategique si bien entendu serions nous tentes de preciser, cette quete va dans le sens de la declaration de Barcelone qui constitue selon ses initiateurs, le meilleur moyen de s'opposer aux forces exterieures a la Mediterranee. Reste cependant a resoudre certaines contradictions propres aux libanais. Un point souleve par des intervenants qui mettent en avant la confessionnalisation du systeme politique libanais. Sur ce point, l'ambassadeur de l'UE au Liban,M. Patrick Laurent, s'est contente de propos indirects en soulignant que le chef de l'etat libanais M. Michel Sleimane a une vision unificatrice, et que l'avenir du liban passe par une reforme de la loi electorale."Cette reforme est essentielle" dira t-il, "sinon le Liban va continuer a se debattre dans des affres dans lesquels il est entre en1975, et desquels il n'est pas tout a fait sorti". Une analyse, peut etre lucide, mais fondamentalement pessimiste. Plutot realiste dira l'auteur de ces propos.
Meme constat de l'ambassadrice de Grande Bretagne Mme Frances Guy, en disant qu'"au Liban,il n'y a pas d'horizon". Un jugement implacable avec deux axes, le premier est d'ordre local en soulignant que le pays manque de stabilite, et le second regional puisque affirmera la diplomate, le Liban depend de plusieurs facteurs comme Israel, l'Iran, les elections americaines, et la Syrie.
Cela etant, et ce n'est pas peu, il revient a l'europe de fixer une doctrine avec une coherence, ce qui suppose moins sinon absence totale de divergences. L'ambassadrice de Grande Bretagne au Liban, a refuse d'evacuer un tel aspect qu'elle attribue au nombre eleve d'Etats membres. Naivete ou indulgence pour ne pas compromettre un processus qui tient difficilement sur pieds? Que deviennent dans ce cas les textes fondamentaux de l'Union europeenne ou il est advantage question de justice, car l'objectif de l'Union etait d'empecher les guerres.Et paradoxalement, l'Europe donne l'impression d'agir dans un perimetre restreint. Sur ce point, l'approche de Alastair Crooke le fondateur de Conflits forum, est une forme de sentence. Selon lui, l'occident a une mauvaise approche dans le traitement des conflits assymetriques. Avant lui se souvient-on l'aneicn secretaire general de l'ONU M. Kofi Annan avait mis en garde contre ces guerres non conventionnelles comme la resistance du peuple palestinien ou les moyens ne sont pas symetriques.
En ce sens,deux ambassadeurs europeens ont attenue par leurs propos le discours ambient deliberement volontariste, en mettant en avant l'impossibilite de reunir un consensus,et de l'autre, d'introduire un element d'injustice, voire de traitement au cas par cas. C'est a dire que l'approche n'est pas la meme selon les situations, et qu'en ce qui concerne la question palestinienne et le conflit du proche-orient d'une maniere generale, l'Europe a fait prealablement un choix, en s'eloignant de ses propres decisions prises il y a plus d'un quart de siecle, comme la restitutition de tous les territories occupes par Israel. Plus que cela l'europe s'est fait deposseder de son initiative developpee en 2003 sous la presidence du Danemark, et qui consistait pour la premiere fois a etablir un plsn comportatnt ses echeances precises, et la plus importante d'entre elles, est l'etablissement d'un Etat palestinien en 2005. Les Etats unis, la Russie, l'Europe ainsi que l'ONU s'associeront, formant ce qu'on a appele le quartette, mais le plan intial a ete tue. Dans le meme temps,la diplomatie europeenne s'inquiete de la montee de l'extremisme qui est le plus souvent une consequence directe de l'injustice. C'est dans ce contexte que l'europe revendique un role qui soit a la mesure de son statut. Le seminaire organise par la Fondation Thompson avait justement pour objectif d'evoquer les reglements des conflits du proche orient avec l'aide de l'union europeenne. Outre la pertinence du theme, son interet consistait aussi a appliquer l'approche diplomatique a une seule region, eminemment strategique il est vrai ce qui evite l'eparpillement et les generalites. C'est tout l'interet du seminaire, dont l'approche parait aussi celle du contraire. Autrement dit, apporter la preuve afin d'en examiner la pertinence et le bien fonde. C'est ainsi que les differents debats avec un bel esprit de contradiction, n'ont pas manqué de mettre en relief beaucoup plus ce qui doit etre fait que ce qui l'a ete, et de quelle maniere l'europe peut le faire. Il lui revient de se donner les moyens surtout politiques, et faire prevue de beaucoup de volonte pour se faire accepter dans ce role.Lors de ce seminaire, des intervenants ont poliment refuse d'aborder certaines contradictions, niant meme les rivalites pourtant reelles entre grandes puissances. Ce n'est pas une maniere de faire advancer le debat, encore que pour la question palestinienne, il y a veritablement urgence, car l'injustice ne peut generer que le desespoir. On l'a vu lors de notre deplacement dans le camp de refugies palestiniens de Nahr el Bared proche de Tripoli au nord liban. "C'est choquant" et "c'est une honte" a ainsi declare l'ambassadrice de Grande Bretagne lorsqu'elle a evoque la situation des refugies palestiniens. Tout est la, et en ce sens l'europe peut redonner espoir tout en brisant le carcan de l'humanitaire qui n'est pas la solution. Elle en a les moyens. Elle a montre qu'elle peut le faire.
Mohammed LARBI







Nahr el Bared

Loin du monde

Le camp de refugies palestiniens de Nahr el Bared dans le nord du Liban porte mal son nom. Le Nahr existe toujours. C'est la riviere qui le traverse avant de se jeter dans la belle baie de Tripoli , la grande metropole du nord-liban. Un camp avec vue sur mer, avant de lui tourner le dos et de faire face a un deluge de feu. Mais l'a t-il ete un jour meme si on dit de lui qu'il fut un centre de commerce important et qu'il faisait vivre une region entiere? Quelle supercherie quand on sait que les Palestiniens avaient tout sauf l'essentiel. Cest la conclusion que l'on degage après une courte visite.Pas besoin de tout visiter pour se rendre a cette evidence, et pour beaucoup, il incarne a lui tout seul, toute la detresse du peuple palestinien. Les televisions du monde entier ont rapporte des images de la vie dans la bande de Ghaza, sous blocus israelien. A Nahr el Bared a fini par admettre l'ambassadrice de Grande Bretagne au Liban, c'est pire. Mais cela veut dire quoi au juste pour une opinion internationale privee de reperes et d'instruments de mesure, et qui croit liberer sa conscience en expediant quelques sacs de riz ou de farine. La est toute l'erreur?
Pour tous ceux qui ne connaissent rien de cette realite et qui viennent de Beyrouth après avoir longe une magnifique autoroute cotiere, et releve l'opulence de cette region, c'est veritablement le choc. Meme cette impression devient abstraite si elle n'est pas rapportee a une situation d'ensemble. On a beau parler de tsunami ou de tremblement de terre, au regard des destructions causees au camp par des mois de combats entre l'armee libanaise et des combatants du Fatah el islami,une organisation jusque-la inconnue, mais les degats d'ici ne sont pas ceux d'ailleurs, avec ce qui parait insense, une voie, ou plutot une route dans un camp qui n'avait que des ruelles. Une route qui monte, posee sur des maisons en ruines. Des cookies que l on ecrase avait alors dit une jeune employee d'une organisation humanitaire. Il faut absolument les renvoyer au statut de ses habitants. Ce sont des refugies palestiniens contraints de quitter leurs foyers et leurs terres lors de la guerre de 1948. Avec trente mile personnes ou encore cinq mille familles, ils peuplent l'un des douze camps refugies palestiniens au Liban, une presence regie par les accords arabes de 1969 et de 1974. Des accords qui permettent d'avoir un refuge et un matricule aupres des organisations humanitaires chargees de pourvoir a leurs besoins. Elles leur ont donne un statut, mais pas une identite. C'est trop leur demander, et ce role incombe aux Etats pour qui la notion de justice n'est pas la meme pour tout le monde. Un traitement au cas pas cas, ce qui rajoute a la detresse des Palestiniens, meme celle des territoires que l'on disait passes a l'autonomie. Un tromperie puisque ces territoires ont ete reoccupes par Israel avec un silence complaisant de la communaute internationale.
Pas besoin de visite guidee a Nahr el Bared si de tels parametres sont ignores ou occultes, parce qu' priori la douleur est la meme partout, mais la detresse et le desespoir ont parfois une image sauf se prendre pour un enfant gate. Et les Palestiniens n'en sont en aucun cas, eux qui ont vu plusieurs generations d'entre eux vivre dans l'exil, avec tout au plus une carte de refugie pour toute identite et un matricule qui leur permet d'acceder a certains services que leur apportent les organisations humanitaires. Et dans le cas de Nahr El Bared, il a ete releve a quel point les Palestiniens avaient tout fait pour ameliorer leur ordinaire. Grace a leur dynamisme, ils ont fait de ce camp, un vaste espace de commerce qui rayonne bien au-dela du territoire libanais. En Syrie tres exactement de laquelle il n'est pas tres eloigne. Mais que peut-on faire de plus quand les lois du pays d'accueil vous empechent d'exercer le métier de votre choix? Refugie et rien d'autre. Reduit a cette inactivite qui entretient le desespoir, sauf bien entendu a vouloir fuir cet statut et aller ailleurs, un ailleurs peut etre moins precaire mais qui permet d'exister en tant qu'individu. En attendant le retour. Ah ce concept objet de tant de negociations et auxquels les Palestiniens refusent de renoncer.
Et comme beaucoup de camps palestiniens, celui de Nahr El Bared est devenu un champ de bataille. Les guerres interpalestiniennes des decennies ecoulees n'ont pas ete oubliees, voila qu'une autre survient alors meme que l'on croyait que les camps etaient suffisamment encadres par des representants de l'autorite palestinienne. En tres peu de temps, celle-ci a ete balayee par une organisation inconnue, cette derniere prenant meme pour cible, l'armee libanaise a laquelle elle a inflige de lourdes pertes. Et celle-ci a utilise ses gros moyens pour enrayer cette machine.Et elle n'a pas fait dans le detail comme en attestent les incroyables destructions. Pour ainsi dire, le camp passé sous le controle de l'armee libanaise depuis qu'elle s'en est empare, est totalement detruit puisque sa reconstruction est envisagee et meme entamee. Il est devenu le champ d'activite des organisations humanitaires tres nombreuses il est vrai. Leur presence suscite meme des vocations avons nous constate sur place. Un palliatif. Et encore quand l'argent ne manque pas, car meme l'humanitaire n'echappe pas au politique sous pretexte de combattre la corruption presume au sein de l'autorite palestinienne alors meme que l'aide est distribuee par ces ONG. L'ambassadrice de Grande Bretagne au Liban a d'ailleurs releve que les refugies palestiniens au Liban figurent parmi les plus pauvres. Et dire que sans moyens, le camp de Nahr El Bared assurait jusqu'30% de l'economie du nord. Sans que l'on sache comment et meme pourquoi, et les questions sur ce sujet se bousculent, sans jamais avoir de reponse, il est devenu un incroyable champ de bataille. Difficile dans un tel cas d'accepter ce qui tient lieu de bilan officieux. S'il n'y a que quarante morts parmi la population civile, c'est parce que celle-ci a pu fuir des le debut des combats nous explique t-on. Inutile de chercher une plus grande explication. C'est a prendre ou a laisser. En tout cas, une veritable chape de plomb envelope le camp.
Une fois le calme revenu, des familles ont pu retourner dans un chez soi bien precaire. Certaines ont tout perdu, mais elles s'accrochent a quelque chose de bien derisoire, mais qui symbolise la vie. Comme ces enfants qui ont cree une joyeuse cohue. Inutile de leur demander ce qu'ils feront quand ils cesseront d'emprunter le chemin de l'ecole. On a meme vu, un marchand de cosmetiques rouvrir sa boutique dans une ruelle du camp non loin d'un point de controle de l'armee libanaise. Une bien curieuse coexistence, peut etre souhaitee, mais jamais realisee. Les Palestiniens preferent ne pas en parler, mais ils ne cachent pas au moins leur gene en se soumettant aux controles de l'armee libanaise a chacun de leurs deplacements en dehors du camp.Deja que leur espace et surtout leur horizon n'etaient pas clairs sinon tout simplement bouches, les voila cette fois a prier encore plus pour le retour, ce reve caresse depuis tant d'annees. La est le drame des refugies palestiniens qui ne ressemblent pas aux millions d'autres a travers le monde, un monde qui leur tourne le dos, et qui sont sa mauvaise conscience. Et dire que certaine n'hesiteront pas a demander a ces Palestiniens de faire preuve de patience, et de ne pas utiliser les moyens qui peuvent faire mal. A Israel bien entendu qui les maintient dans cette condition d'etres en quete d'existence. Quant a eux ils assument pleinement leur identite de peuple.

Mohammed LARBI

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At 13:22 on October 25, 2008, mohammed LARBI said…
Le processus de réconciliation au Liban
L’Etat otage du statu-quo

Le chef de l’Etat libanais sera marqué par son parcours de militaire. Il est en train d’éliminer les unes après les autres, toutes les poches de conflit avant d’aller à l’essentiel, c’est à dire réunir les Libanais, leur redonner confiance, et les mettre au travail. A ce titre, il préfère prendre toutes les précautions et ce d’autant plus que le terrain sur lequel il opère, est fait d’obstacles. Il doit alors détester les compliments, ou les prendre pour ce qu’ils sont, des messages. Comme celui que lui a adressé il y a quelques jours le secrétaire général de l’ONU. A M. Michel Sleimane qui a fait le déplacement de New York afin de mettre fin à une vacance depuis que le Conseil de sécurité avait pris position sur la crise libanaise en adoptant en octobre 2004, la fameuse résolution 1559, M. Ban Ki Moon a tout simplement révélé les résultats d’un sondage par son institution auprès des Libanais. Ce qui est extrêmement rare, puisque pour tout dire, cela ne fait pas partie des prérogatives. Il ne lui revient pas de mesurer l’audience des chefs d’Etat des pays membres. Pour ce qui est du sondage en question, il révèle que 75% des Libanais sont avec le président Michel Sleimane. Un tel score, en si peu de temps, et avec une population qui ne constitue pas l’électorat de la presidentielle, puisque le président est élu par le parlement, cela soulève des questions, ou plutot une seule. Et M. Michel Sleimane a bien compris le message. C’est une mission que les Libanais lui ont confiée et rien d’autre, avec un pays confronté à des crises multiples et où les bonnes nouvelles sont rares.
Dans ce paysage flou sinon opaque, les Libanais ont tout de même eu droit à une bonne nouvelle. La Syrie et le Liban ont établi des relations diplomatiques mercredi, pour la première fois depuis la proclamation de leur indépendance, il y a plus de 60 ans. Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem et son homologue libanais Fawzi Salloukh, en visite à Damas, ont signé un communiqué commun "annonçant le début de relations diplomatiques entre la République arabe syrienne et la République libanaise à partir de ce jour 15 octobre 2008". Le communiqué réaffirme la détermination des deux parties à renforcer et consolider leurs relations sur la base du respect mutuel, de la souveraineté et de l'indépendance de chacun et de préserver les relations fraternelles privilégiées entre les deux pays frères pour répondre aux aspirations des deux peuples". Pour la première fois depuis son indépendance en 1943, le Liban va accueillir une ambassade syrienne. Plus qu’une page qui se referme. C’est un volumineux dossier qui sera desormais rangé. Mais en soi le feuilleton syro-libanais prendra t-il également fin, lui qui a alimenté bien des chroniques, et fait et défait bien des carrières politiques? Dans ce pays on ne récuse pas l’étiquette de pro ou anti syrien ou autre.
Une bonne nouvelle
Contrairement à son prédécesseur, le président Sleimane voyage beaucoup. Mais pour la bonne cause comme on dit. Et en ce sens, il donne l’impression d’agir selon la logique des cercles concentriques. On se souvient que son premier déplacement, il l’avait effectué en Syrie où il avait procédé avec son homologue syrien à la normalisation des relations entre les deux pays. Il s’est rendu ensuite au siège des Nations unies à l’occasion de la nouvelle session de l’Assemblée générale, rompant l’ostracisme qui frappait le Liban, surtout son president de l’époque, accusé d’avoir forcé la main aux députés pour prolonger son mandat de deux années, déclenchant par là la crise politique et institutionnelle dans son pays. Mais personne n’ira jusqu’à dire que c’était là le facteur déclenchant de la vague d’assassinats politiques comme celui de l’ancien premier ministre Rafic Hariri en février 2005. Et c’est tout récemment qu’il vient de rentrer d’Arabie saoudite, où très probablement les dirigeants des deux pays ont procédé à une mise à plat et une franche explication après la crise du printemps dernier durant laquelle, le royaume saoudien persuadé qu’il était l’objet de menaces, avait rappelé son personel diplomatique en poste à Beyrouth. C’est ce qui a permis d’envisager autrement les relations entre les deux pays avec l’appel de M. Sleimane aux investisseurs saoudiens avec une réponse positive du souverain saoudien.
Une manière de renvoyer la balle dans le camp des Libanais afin qu’ils prennent en charge leurs propres problèmes, et mettre fin à une guerre sans nom. Une guerre également psychologique ou des mots. Car voilà l’ancien général Michel Aoun, principal dirigeant chrétien de l’oppositon parlementaire libanaise qui assure depuis Téhéran que l'Iran oeuvrait en faveur de l'unité au sein du Liban. "L'Iran n'a jamais aidé un parti libanais contre les autres", a assuré M. Aoun. Trop de discours battus en brêche. Mais où est la vérité dans tout cela? Certainement pas dans les rumeurs distillées également par les ambassades étrangères qui, à travers les warning travel ces fameux bulletins normalement destinés à leurs ressortissants, mais arrivent jusqu’aux Libanais et leur annoncent des flambées de violence. Des dates ont même été fixées et fort heureusement, cette violence n’a pas eu lieu. Ou encore par ces médias qui croient connaitre le contenu du prochain rapport de la commission de l’ONU chargée de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, et prévoient un cataclysme. A vrai dire, les Libanais sont ballottés par ces rumeurs, ils ne peuvent pas ne pas y croire nous assurent-ils. Précaution élémentaire. Ou instinct de survie. C’est ce qui les guide dans la vie de tous les jours. Et la mission de Michel Sleimane telle que voulue par les Libanais à travers le sondage de l’ONU, est de mettre fin à ce climat de ni guerre ni paix. De redonner confiance aux Libanais eux qui vivent au jour le jour. Comme ceux qui s’endettent pour se faire plaisir.
Donc nous assure-t-on, l’étalage de signes extérieurs de richesses, est factice. Un leurre. Effectivement, il nous a été donné de relever le nombre élevé de voitures de luxe, de boutiques de même standing. Et même cet argent qui coile à flots. L’argent des autres dira t-on, ceux qui viennent remplir les casinos, des étrangers essentiellement. Le Libanais vit même au-dessus de ses moyens. Il est guidé par un instinct de survie d’autant plus fort qu’il est ballotté par les rumeurs provenant même des milieux qualifiés de sérieux. “En vingt cinq années de guerre (toutes périodes confondues NDLR) nous dit Manel, d’autres peuples auraient certainement perdu pied ou sombré dans le désespoir, ce qui n’est pas notre cas”. Mais attention à la vérité nous prévient-on. C’est ainsi que 35% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Qu’un million de Libanais a quitté son pays durant ces dernières années, en quête de travail ou de conditions de vie clémentes. Clara une jeune libanaise trouve quand même le mot pour rire. “Si une fille veut se marier, elle doit chercher ailleurs, là où les jeunes Libanais ont choisi de s’établir”. En outre apprendra t-on, 26% du PNB libanais provient de l’exterieur. “Seule la Somalie fait pire” nous indiquera t-on comme pour souligner les piètres performances de l’économie libanaise. Que la diaspora libanaise a transféré environ sept milliards de dollars. Selon l’ancien ministre des Finances Jihad Azrour, la croissance a été en 2007 de 4%, et cette année elle sera de 6%. C’est le pays le plus endetté par tête d’habitant au monde. La boucle est bouclée avec en conclusion, une économie du Tiers monde, sauf que le Liban peut mieux faire s’il y a stabilité. C’est la conviction de Jihad Azrour affirmant que son pays “refuse d’être l’épicentre des puissances de la région”. Celles-ci dit-il, règlent leurs comptes alors que le Liban aspire à reprendre sa place dans la région. Il se gardera de mettre en cause le système politique libanais toujours basé sur le Pacte national de 1943 et qui répartit le pouvoir sur une base confessionnelle, ce que ne niera pas l’universitaire Walid Arbid qui affirmera au contraire que “le système est confessionnalisé jusqu’à l’os”. D’aucuns diront jusqu’à la moelle. Mais un aveu tout de même et il renseigne sur la nature des blocages et à quel point la situation politique au Liban échappe aux règles classiques de représentation et d’évaluation. Il se trouve que les Libanais certainement lassés par une telle situation, n’ont plus leur la langue dans la poche. Ils vont bien au-dela de ce que permet cette répartition dun pouvoir, en affirmant que le pays a été partagé lui aussi, entendre par là ses richesses. Ce qui semble excessif.
Aux limites d’un système
Dans cette situation, les partenaires ont aussi leur point de vue. C’est le cas de M. Patrick Laurent ambassadeur de l’Unio européenne en poste à Beyrouth. Selon lui, si le Liban va mal, c’est à cause du confessionnalisme et des ingérences exterieures. Il ajoutera que “les forces unifiantes sont encore faibles”. Et parmi elles soulignera t-il, “le président Michel Sleimane avec sa vision unificatrice du Liban”. Mais la solution nous apprendra t-il, passe par une réforme électorale profonde, ignorant de ce fait le système en place. “Cette réforme est essentielle sinon le pays va se débattre dans des affres dans lesquels il est entré en 1975, et desquels il n’est pas tout à fait sorti”. Pour l’ambassadrice de Grande Bretagne au Liban, “il n’y a pas d’horizon. On vit au jour le jour... On ne peut pas faire de projet à long terme dans un pays où il n’y a pas de stabilité” ajoutant que l’évolution de la situation au Liban dépend de plusieurs questions ou acteurs comme Israél, l’Iran, les élections américaines et la Syrie). Mais plus tard et sous couvert d’anonymat, nous dira un diplomate européen, “il est difficile de faire confiance à la classe politique libanaise”.
D’une manière générale, les Libanais reconnaissent qu’ils n’ont aucune perspective et comptent sur le president Michel Sleimane de leur en dessiner une. Qu’en est-il par ailleurs des relations entre les différentes communautés quand le discours ambiant fait la promotion de la modernité et
de la démocratie? Elles se cotoient et aspirent à vivre comme elles l’ont toujours fait. Sans cette sale guerre. Mais nous dira t-on comme pour souligner ce lien manquant, il n’y a pas de mariage mixte, ou plus précisément entre gens de religions diférentes. Seul le mariage civil est toléré, mais il doit être célébré à l’étranger. Et encore, comme le divorce peut côuter cher, beaucoup n’y songent même plus. Puis, l’instinct grégaire est encore plus fort. Y compris dans la nouvelle génération, et pourtant, le multiconfessionnalisme est visible dans des quartiers cossus, il est vrai. Seul Ahmed fait mieux dans son établissement situé dans le quartier de Hamra. “No religion, no politics” recommande t-il à ses clients. Et ceux la font l’effort et s’offrir du bon temps.
Un tel instinct se manifeste aussi par les armes. Une telle question n’a pas été réglée, et le trafic d’armes n’a jamais cessé nous apprennent de nombreux Libanais. La question est importante car elle est déterminante dans tout processus de relance puisque l’économie libanaise est basée sur le commerce, le tourisme et les services, et ces trois éléments ne sont viables que s’il y a stabilité. L’équilibre précaire instauré depuis 1990, est aussi un facteur de blocage puisque l’Etat n’a pu mener les réformes qu’il s’était engagé à faire en raison des querelles politiques. Plus simplement apprendrons nous, des chefs politiques refusent de voir des gens de leur communauté réduits au chomage. Ce qui explique cet instinct grégaire, ou à l’inverse la force des chefs politiques. Au bout du compte, l’Etat qui fonctionne selon les lois de 1960, est lui-même l’otage du statu-quo. Ce qui redonne alors de l’importance au fameux sondage de l’ONU. Et depuis les derniers évènements assurent les analystes libanais, le centre du pouvoir, ou encore “le pouvoir exécutif s’est déplacé vers M. Sleimane parce qu’il est le président consensuel”. Toutes les tendances en sont persuadées. Et c’est sous de tels auspices que s’annonce le dialogue interlibanais initié par le chef de l’Etat libanais en vue de l’élaboration d’une “stratégie de défense nationale”. D‘aucuns y verront l’examen de l’armement du Hezbollah officiellement le seul à avoir conservé son arsenal, une version démentie par les faits. C’est le pari pour l’avenir. De nombreuses forces libanaises ont compris que le statu-quo était intenable, et que la guerre n’était plus le recours. Celle de 1975-1990 a a été un véritable massacre, sans vainqueur, ni vaincu. Ou si, le Liban et sa mosaique brisée à coups de canon et de tueries. Des “aménagements” ont été apportés à la situation intérieure par une série de coups de force, les plus pacifiques étant les sit-in et autres manifestations dans les places publiques. Des alliances se sont nouées, et la Syrie devrait cesser d’alimenter les discours quels qu’ils soient. Des obstales sont normalement levés, l’Etat libanais cessera -t-il alors d’être l’otage du statu-quo pour enfin se consacrer à des taches plus ordinaires?
T. Hocine




L'Europe en quête d’une politique étrangère
L'Europe a-t-elle une politique etrangere, si oui, de quelle maniere se decline t-elle? Tres officiellement l'Union europenne répond par l'affirmative, et comme s'il s'agissait de confirmer un tel point de vue, une ONG Thomson Foundation basee en Grande Bretagne, a pris sur elle d'en examiner au moins un volet. Il s'agit du role de l'union europeenne dans le reglement du conflit du proche orient, un theme débattu par de nombreux experts, en fait des personnes de terrain et trés proches des dossiers qu'elles abordent. Ce sont des hommes politques et des universitaires libanais qui se sont faits forts d'etablir le lien entre differents aspects des crises libanaise et palestinienne, notamment la question des refugies vivant au Liban. Ce sont aussi puisque la question les concerne au premier plan, des ambassadeurs comme celui de Grande Bretagne ou de l'union européenne notamment qui apportent un certain eclairage. Avec les précautions qu'il faut, afin de ne pas compromettre un processus qui s'avere declicat en fin de compte.
Forte économiquement, l'Europe revendique aujourd'hui un statut au plan international même si elle a tenté tant bien que mal de l’assumer dans des crises qui se sont déroulées sur son territoire. Longtemps maintenu a l'ecart des questions du monde, le vieux continent aspire a jouer un role qui lui permet dans le meme temps d'assumer par lui-meme des taches qui le concernent en premier lieu, ceci alimentant le discours ambiant. Cela s'est verifie lors de la premiere conference ministerielle euro-mediterraneenne à Barcelone en 1995 ou il n'etait pas question uniquement d'echanges commerciaux, puisque la securite dans son acception la plus large apparaissait comme une preoccupation la mieux partagee. Il est vrai que Barcelone qui n'est qu'une declaration de foi, intervenait juste après la conclusion de l'accord israelo-palestinien de 1993, et les participants a cette conference ont alors adopte une plate forme doctrinale incluant des mesures de confiance. Un engagement de principe, car cela dependait de l'application du fameux accord d'Oslo. C'est certainement le voeu le mieux partage, mais comment en faire plus que cela quand le texte qui a engendre cet espoir a ete mis en echec par la volonte d'une seule partie? Il s'agit bien entendu d'Israel qui en est a contrarier la volonte de paix de toute une region, jusqu'a menacer sa securite et sa stabilite, et sans que l’Europe en designe le coipable, se contentant de renvoyer dos à dos les deux parties. Ou pire encore, en tentant de réécrire les termes de ce conflit sans référence auxcune à l’occupation israélienne. On se rappelle pourtant que les participants a la conference de Barcelone ont clairement fait connaitre leur perception d'une telle approche, celle ci etant supposee etablir la paix dans la region,entendre par la satisfaction des droits nationaux du peuple palestinien, et non pas ce que certains parmi les europeens appellent une solution politiquement viable, alors meme que le cadre du reglement est fixe par l'onu.
C'est dans cette voie que se sont engages certains intervenants. Comme l'ancien ministre libanais des finances. Jeune, et debordant d'idees, M. Jihad Azrou qui incarne visiblement un certain renouveau de la classe politique libanaise, est alle droit au but. Le Liban dira t-il, demande le soutien international afin de faire valoir sa souverainete, et son independence. Ce qui correspond en tous points a la doctrine des Nations unies. Un objectif précis, et visiblement accessible et dans la logique des choses. Mais aussi une approche precise, puisque notre interlocuteur appellera l'UE a eviter le va et vient entre les parties libanaises, et reduire au contraire les ingerences etrangeres. Parce que dira le jeune responsable libanais, et comme pour resumer ce qui semble un consensus national, le Liban refuse d'etre l'epicentre des puissances de la region.
L'universitaire Walid Arbid, est heureux de constater qu'il y a convergence d'interets et d'objectifs. Le Liban veut la paix et l'Europe est en quete d'un espace strategique si bien entendu serions nous tentes de preciser, cette quete va dans le sens de la declaration de Barcelone qui constitue selon ses initiateurs, le meilleur moyen de s'opposer aux forces exterieures a la Mediterranee. Reste cependant a resoudre certaines contradictions propres aux libanais. Un point souleve par des intervenants qui mettent en avant la confessionnalisation du systeme politique libanais. Sur ce point, l'ambassadeur de l'UE au Liban,M. Patrick Laurent, s'est contente de propos indirects en soulignant que le chef de l'etat libanais M. Michel Sleimane a une vision unificatrice, et que l'avenir du liban passe par une reforme de la loi electorale."Cette reforme est essentielle" dira t-il, "sinon le Liban va continuer a se debattre dans des affres dans lesquels il est entre en1975, et desquels il n'est pas tout a fait sorti". Une analyse, peut etre lucide, mais fondamentalement pessimiste. Plutot realiste dira l'auteur de ces propos.
Meme constat de l'ambassadrice de Grande Bretagne Mme Frances Guy, en disant qu'"au Liban, il n'y a pas d'horizon". Un jugement implacable avec deux axes, le premier est d'ordre local en soulignant que le pays manque de stabilite, et le second regional puisque affirmera la diplomate, le Liban depend de plusieurs facteurs comme Israel, l'Iran, les elections americaines, et la Syrie. Cela etant, et ce n'est pas peu, il revient a l'europe de fixer une doctrine avec une coherence, ce qui suppose moins sinon absence totale de divergences. L'ambassadrice de Grande Bretagne au Liban, a refuse d'evacuer un tel aspect qu'elle attribue au nombre eleve d'Etats membres. Naivete ou indulgence pour ne pas compromettre un processus qui tient difficilement sur pieds? Que deviennent dans ce cas les textes fondamentaux de l'Union europeenne ou il est advantage question de justice, car l'objectif de l'Union etait d'empecher les guerres. Et paradoxalement, l'Europe donne l'impression d'agir dans un perimetre restreint. Sur ce point, l'approche de Alastair Crooke le fondateur de Conflits Forum, est une forme de sentence. Selon lui, l'occident a une mauvaise approche dans le traitement des conflits assymetriques. Avant lui se souvient-on l'ancien secretaire general de l'ONU M. Kofi Annan avait mis en garde contre ces guerres non conventionnelles comme la resistance du peuple palestinien ou les moyens ne sont pas symetriques.
En ce sens, les deux ambassadeurs europeens ont attenue par leurs propos le discours ambiant deliberement volontariste, en mettant en avant l'impossibilite de reunir un consensus, et de l'autre, l’introdcution on déclarée bien entendu, d’un element d'injustice, voire de traitement au cas par cas. C'est a dire que l'approche n'est pas la meme selon les situations, et qu'en ce qui concerne la question palestinienne et le conflit du proche-orient d'une maniere generale, l'Europe a fait prealablement un choix, en s'eloignant de ses propres decisions prises il y a plus d'un quart de siecle, comme la restitution de tous les territories occupes par Israel. Plus que cela l'europe s'est fait deposseder de son initiative developpee en 2003 sous la presidence du Danemark, et qui consistait pour la premiere fois a etablir un plsn comportant ses echeances precises, et la plus importante d'entre elles, est l'etablissement d'un Etat palestinien en 2005. Les Etats unis, la Russie, l'Europe ainsi que l'ONU s'associeront, formant ce qu'on a appele le quartette, mais le plan intial a ete tue.
Dans le meme temps, la diplomatie europeenne s'inquiete de la montee de l'extremisme qui est le plus souvent une consequence directe de l'injustice. C'est dans ce contexte que l'europe revendique un role qui soit a la mesure de son statut. Le seminaire organise par la Fondation Thomson avait justement pour objectif d'evoquer les reglements des conflits du proche orient avec l'aide de l'union europeenne. Soit une étude de cas, ce qui laisse entendre préalablement quer l’Europe a effectivement une politique étrangère. Ce qui laisse sceptique quand on sait de quelle manière l’Europe s’est exprimée à l’occasion de la guerre en Irak, suscitant des moments de panique, des coups de gueule et beaucoup d’amertume. Il s’est même trouvé un chef d’Etat pour appeler les nouveaux venus à une spèce de reconnaissance du ventre. Mais il a été précédé par les Américains et leur nouvelle vision de vieille et nouvelle Europe. Ou encore ces propos sentencieux d’un observateur de la scène européenne soulignant que le commissaire européen chargé de la PESC (politique extérieure et de sécurité commune) ne peut intervenir sur une question précise que lorsque les dirigeants français, allemand et britannique se soient préalablement prononcés. Outre la pertinence du theme retenu par ce think tank, son interet consistait aussi a appliquer l'approche diplomatique a une seule region, eminemment strategique il est vrai ce qui evite l'eparpillement et les generalites. Autrement dit, apporter la preuve afin d'en examiner la pertinence et le bien fonde. C'est ainsi que les differents debats avec un bel esprit de contradiction, n'ont pas manqué de mettre en relief beaucoup plus ce qui doit etre fait que ce qui l'a ete, et de quelle maniere l'Europe peut le faire. Il lui revient de se donner les moyens surtout politiques, et faire prevue de beaucoup de volonte pour se faire accepter dans ce role, car il faut examiner ce volet sans lequel rien ne sera fait. Des intervenants ont poliment refuse d'aborder certaines contradictions, niant meme les rivalites pourtant reelles entre grandes puissances. Ce n'est pas une maniere de faire advancer le debat, encore que pour la question palestinienne, il y a veritablement urgence, car l'injustice ne peut generer que le desespoir. On l'a vu lors de notre deplacement dans le camp de refugies palestiniens de Nahr el Bared proche de Tripoli au nord liban. "C'est choquant" et "c'est une honte" a ainsi declare l'ambassadrice de Grande Bretagne lorsqu'elle a evoque la situation des refugies palestiniens. Tout est la, et en ce sens l'europe peut redonner espoir tout en brisant le carcan de l'humanitaire qui n'est pas la solution. Les états d’âme ne font pas une politique. Ils permettent tout juste d’aller à la rencontre de sa propre opinion publique. L’Europe a les moyens de dépasser ce constat. Elle a montre qu'elle peut le faire.
T. Hocine


A travers les ruines de Nahr el Bared
Loin du monde
Le camp de refugies palestiniens de Nahr el Bared dans le nord du Liban porte mal son nom. Le Nahr existe toujours. C'est la riviere qui le traverse avant de se jeter dans la belle baie de Tripoli, la grande metropole du nord-liban. Un camp avec vue sur mer, avant de lui tourner le dos et de faire face a un deluge de feu. Mais l'a t-il ete un jour meme si on dit de lui qu'il fut un centre de commerce important et qu'il faisait vivre une region entiere? Les mauvaises langues diront de lui qu’il était également sinon beaucoup plus, le royaume de la contrebande, et depuis peu le refuge d’un groupuscule dénommé Fateh el Islam. Quelle supercherie quand on sait que les Palestiniens avaient tout sauf l'essentiel. Une identité, une existence avec des droits nationaux, pas ceux qu’Israél et ses alliés veulent leur octroyer au mépris de toute justice. Les réfugis palestiniens de Nahr el Bared comme du reste ceux des onze autres camps éparpillés au Liban, avaient tout juste le droit d’exercer certains métiers, et de ne sortir du camp que les pieds devant ou pour un autre exil. Cest la conclusion que l'on degage après une courte visite. Pas besoin de tout visiter pour se rendre a cette evidence, et pour beaucoup, il incarne a lui tout seul, toute la detresse du peuple palestinien. On nait et on meurt réfugié.
Les televisions du monde entier ont rapporte des images de la vie dans la bande de Ghaza, sous blocus israelien. A Nahr el Bared a fini par admettre l'ambassadrice de Grande Bretagne au Liban, c'est pire. Mais cela veut dire quoi au juste pour une opinion internationale privee de reperes et d'instruments de mesure, et qui croit liberer sa conscience en expediant quelques sacs de riz ou de farine. La est toute l'erreur? Pour tous ceux qui ne connaissent rien de cette realite et qui viennent de Beyrouth après avoir longe une magnifique autoroute cotiere, et releve l'opulence de cette region, c'est veritablement le choc. Il suffit juste de quitter la grande route unpeu à la sortie de Tripoli, en allant vers le nord, là se sont perdus deux journalistes américains, et où les forces de sécurité libanaises traquent ceux qu’elles accusent de préparer des attentats. L'armée a annoncé l'arrestation d'une "cellule terroriste" dans le nord du pays responsable des attentats qui se sont déroulés dernièrement à Tripoli. Selon le quotidien As-Safir, la cellule "envisageait une attaque contre un bus de l'armée sur la route Beyrouth-Tripoli et se préparait à attaquer le QG des FSI dans le quartier d'Achrafieh, à Beyrouth". Qui se souvient de Achrafieh? C’est là justement où a été déclenchée la guerre civile le 13 avril 1975.
Retour à Nahr el Bared où cette impression de déjà vu devient abstraite si elle n'est pas rapportee a une situation d'ensemble. On a beau parler de tsunami ou de tremblement de terre, au regard des destructions causees au camp par des mois de combats entre l'armee libanaise et les combatants du Fatah el islami,une organisation jusque-la inconnue, mais les degats d'ici ne sont pas ceux d'ailleurs, avec ce qui parait insense, une voie, ou plutot une route dans un camp qui n'avait que des ruelles. Une route qui monte, posee sur des maisons en ruines.Ou encore, des maison sous une route. Une image apocalyptique. Des cookies que l’on ecrase avait alors dit une jeune employee d'une organisation humanitaire. Les dégats doivent être rapportés au statut des habitants de Nahr El Bared. Ce sont des refugies palestiniens contraints de quitter leurs foyers et leurs terres lors de la guerre de 1948. Avec trente mille personnes ou encore cinq mille familles, ils peuplent l'un des douze camps refugies palestiniens au Liban, une presence regie par les accords arabes de 1969 et de 1974. Des accords qui permettent d'avoir un refuge et un matricule aupres des organisations humanitaires chargées de pourvoir a leurs besoins. Elles leur ont donne un statut, mais pas une identite. C'est trop leur demander, et ce role incombe aux Etats pour qui la notion de justice n'est pas la meme pour tout le monde. Un traitement au cas pas cas, ce qui rajoute a la detresse des Palestiniens, meme celle des territoires que l'on disait passes a l'autonomie. Et dire que même le plus connu des Palestiniens, Yasser Arafat est mort dans son exil, lui qui souhaitait être enterré à El Qods. Mais il s’est heurté au refus de l’occupant israélien. Un tromperie puisque ces territoires ont ete reoccupes par Israel avec un silence complaisant de la communaute internationale.
Pas besoin de visite guidee a Nahr el Bared si de tels parametres sont ignores ou occultes, parce qu'à priori la douleur est la meme partout, mais la detresse et le desespoir ont parfois une image sauf à se prendre pour un enfant gate. Oum Khalil a profité de notre présence pour se plaindre des destructions causées par l’armée libanaise en nous faisants avoir que elle et sa famille ont perdu les économies réalisées par leurs trois enfants émigrés en Allemagne. Une précision, Nahr el Bared n’est pas un alignement de tentes. C’est beaucoup plus le royaume du parpaing puisque des maisons ont été contruites en dur, parce que l’exil durait et personne ne pouvait fixer un délai. Sauf à faire des promesses auxquelles persone ne croira. Même pas leur auteur. Et les Palestiniens ont vu plusieurs generations d'entre eux vivre dans l'exil, avec tout au plus une carte de refugie pour toute identite et un matricule qui leur permet d'acceder a certains services que leur apportent les organisations humanitaires.
Et dans le cas de Nahr El Bared, il a ete releve a quel point les Palestiniens avaient tout fait pour ameliorer leur ordinaire. Grace a leur dynamisme, ils ont fait de ce camp, un vaste espace de commerce qui rayonne bien au-dela du territoire libanais. En Syrie tres exactement de laquelle il n'est pas tres eloigne. Mais que peut-on faire de plus quand les lois du pays d'accueil vous empechent d'exercer le métier de votre choix? Refugie et rien d'autre. Reduit a cette inactivite qui entretient le desespoir, sauf bien entendu a vouloir fuir cet statut et aller ailleurs, un ailleurs peut etre moins precaire mais qui permet d'exister en tant qu'individu. En attendant le retour. Ah ce concept objet de tant de negociations et auxquels les Palestiniens refusent de renoncer. Et comme beaucoup de camps palestiniens, celui de Nahr El Bared est devenu un champ de bataille. Les guerres interpalestiniennes des decennies ecoulees n'ont pas ete oubliees, voila qu'une autre survient alors meme
que l'on croyait que les camps etaient suffisamment encadres par des representants de l'autorite palestinienne. En tres peu de temps, celle-ci a ete balayee par une organisation inconnue, cette derniere prenant meme pour cible, l'armee libanaise a laquelle elle a inflige de lourdes pertes. Et celle-ci a utilise ses gros moyens pour enrayer cette machine. Et elle n'a pas fait dans le detail comme en attestent les incroyables destructions. Pour ainsi dire, le camp passé sous le controle de l'armee libanaise depuis qu'elle s'en est empare, est totalement detruit puisque sa reconstruction est envisagee et meme entamee. Il est devenu le champ d'activite des organisations humanitaires tres nombreuses il est vrai. Leur presence suscite meme des vocations avons nous constate sur place.
Un palliatif. Et encore quand l'argent ne manque pas, car meme l'humanitaire n'echappe pas au politique sous pretexte de combattre la corruption presumee au sein de l'autorite palestinienne alors meme que l'aide est distribuee par ces ONG. L'ambassadrice de Grande Bretagne au Liban a d'ailleurs releve que les refugies palestiniens au Liban figurent parmi les plus pauvres. Et dire que sans moyens, le camp de Nahr El Bared assurait jusqu'30% de l'economie du nord. Sans que l'on sache comment et meme pourquoi, et les questions sur ce sujet se bousculent, sans jamais avoir de reponse, il est devenu un incroyable champ de bataille. Les combats avaient fait plus de 400 morts, dont 168 soldats. Difficile dans un tel cas d'accepter ce qui tient lieu de bilan officieux. S'il n'y a que quarante morts parmi la population civile, c'est parce que celle-ci a pu fuir des le debut des combats nous explique t-on. Inutile de chercher une plus grande explication. C'est a prendre ou a laisser. En tout cas, une veritable chape de plomb enveloppe le camp.
Une
 
 
 

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