L’Ukraine : Un autre transit vers l’éldorado européen
L’Ukraine : Un autre transit vers l’éldorado européen
Comme le Maroc, l’Ukraine déploie des efforts afin de lutter contre l’immigration clandestine. Une immigration qui fait des terres ukrainiennes une zone de transit vers la Pologne, la Slovaquie ou la Hongrie. Reportage dans le seul camp de migrants clandestins près de la frontière avec la Russie et la Biélorussie.
Qu’est ce qu’on pourrait trouver de parallèle entre l’Ukraine, frontière Est de l’Europe et le Maroc, royaume Nord africain, séparé de l’Europe du Sud par le petit Détroit de Gibraltar ? De prime abord rien. L’Ukraine, plus grand pays, hors Russie, de l’Europe avec ses 600.000 km2 et ses 48 millions habitants est une république devenue indépendante après le démembrement de l’URSS en 1991. Un pays qui se cherche encore, ne parvenant pas à s’affranchir de son passé communiste et de son “grand frère russe”. Le Maroc, une monarchie de douze siècles où la transition vers un régime démocratique ne semble pas trouver de fin. Pourtant, vis-à-vis de l’Europe, ces deux pays partagent plusieurs points communs. D’abord, l’Ukraine comme le Maroc, ont tout les deux des problèmes avec leurs voisins respectifs, la Russie et l’Algérie. Ensuite, les deux pays depuis quelques années jouent le rôle ingrat de gendarme de l’Europe. Le Maroc en train de contrer les vagues d’immigration clandestine de sa propre population et surtout depuis le début des années 2000 des pays subsahariens. Des populations fuyant la misère et la guerre et qui font du royaume chérifien, une zone de transit avant de s’élancer vers l’éldorado espagnol. De meme, l’Ukraine fait face à ces milliers de migrants clandestins venant principalement d’Afghanistan, Pakistan, de Sri Lanka, du Viet-Nam et même de Chine et qui ont pour seul objectif de rallier la Pologne ou la Slovaquie, avant de partir vers des Etats membres de l’UE, un peu plus riches. Enfin, les aides financières européennes octroyées au Maroc et à l’Ukraine dépendent en grande partie de leurs capacités à assurer cette mission de gendarmes de l’Europe.
Des pommiers et des églises
Les migrants asiatiques qui tentent l’aventure européenne via l’Ukraine passent principalement par le territoire russe. Quelque 270 kilomètres séparent la capitale ukrainiènne, Kiev, de sa frontière Est. Le Niepre, fleuve long de 550 km, domine le paysage. Ainsi que ces églises orthodoxes avec leurs coupoles dorées qui ressemblent beaucoup à nos minarets, et ces pommiers que l’on retrouve dans tous les vergers. “Le pommier est le symbôle de l’Ukraine. Quant à nos églises, elles sont parées de feuilles d’or que l’on renouvelle tous les quarts de siècle”, nous apprend Ludmilla, traductrice et notre guide dans ce voyage. De Kiev, on passe par Tchernikov, la ville aux treize siècles oú on retrouve le régiment frontalier qui était dans le temps une ancienne base militaire soviétique. “Nos soldats ont participé à l’assaut final sur le Reichstag à Berlin en 1945”, lance fièrement Valeri Lavrinvik, commandant de la base. Cette base qui compte treize unités s’occupe depuis 2003 des actions de lutte contre l’immigration clandestine et la contrebande, principalement celle de la drogue en provenance de l’Asie. “Nous avons intercepté près de 3800 clandestins, 50 unités d’armes et quatre kilogrammes de drogues”, tient à préciser Alexander, responsable des relations avec la presse dans la base. On retrouve la même situation ailleurs : les clandestins arrêtés n’ont pas de pièces d’identité et font tout pour cacher leur pays d’origine, d’où la difficulté de les rapatrier. Nous reprenons le chemin qui se trouve à 70 km de la base. Commentaire de Ludmilla : “ Cette route a été asphaltée dans un temps record de trois mois pour que Leonid Kuchma, président de l’Ukraine entre 1994 et 2005 puisse recontrer le président biolérusse Aleksandr Lukashenka. Ironie du sort : Kuchma a choisi de faire ce voyage en hélicoptère”.
Wetern Union au centre
Le centre d’hébergement des immigrés clandestins se trouve à Roussoudiv. A notre rencontre, le commandant du camp ainsi qu’un représentant du ministère des Situations Extraordinaires ! “ C’est un ministère créé pour apporter des solutions à des situations comme les innondations, les tremblements de terre…”, chuchote Ludmilla. Le centre a vu le jour en juillet dernier sur une superficie de seize hectares. Il compte 177 employés dont 60 gardes avec une capacité d’hébergement de 208 personnes. “Aujourd’hui, 98 personnes sont détenues, dont 92 hommes, quatre femmes et deux enfants. La plupart sont originaires d’Afghanistan et du Pakistan. Ce ne sont pas des prisonniers, mais des détenus administratifs en attendant leur rapatriement”, insiste le commandant Valery Zinchenko. Lors de cette visite, nous avons recontré bon nombre de ces clandestins. Les Pakistanais et les Afghans qui forment le gros du contingent ont leurs porte-paroles. “Nous sommes ici depuis plusieurs mois. Ils refusent de régulariser notre situation. On passe six mois dans le camps. On est ensuite relachés pour être encore une fois interceptés à Kiev. Ce n’est pas juste’, lance un jeune Pakistanais. Les locaux sont propres et les détenus semblent bien traîtés même si plusieurs se plaignent d’être privés du droit au téléphone. Dans le centre, nous avons rencontré un Tunisien, un Egyptien ainsi qu’un ressortissant du Ghana. Ils affirment tous vouloir repartir chez eux. “Les frais de retour peuvent être payés par l’Ambassade du pays d’origine, une ONG ou par eux-mêmes. D’ailleurs, nous mettons à la disposition des détenus le service de Western Union pour qu’ils puissent recevoir de l’argent de leurs familles”, explique le commandant. “Ils ne veulent pas rester en Ukraine. S’ils courent tous après le statut de réfugié, c’est juste pour aller ailleurs, en Occident”, ajoute le représentant du ministère de l’Intérieur. Et pour les statistiques ? “ Pas besoin: posez-leur la question. Ils vous diront tous la même chose”, conclut l’officiel, un rictus aux lèvres.