Le torchon brûle entre les partisans et les opposants au projet de l’integration ukrainienne à l’Union europeenne. Cependant, le processus semble irréversible. L’intégration europeenne aura lieu. C’est une question de temps. Nous l’avons constaté de visu lors de notre séjour à Kiev.
L’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne constitue le rêve d’un grand nombre d’ukrainiens de toutes les tendances. Il s’agit d’une adhésion tant attendue par beaucoup de politiciens et d’un certain nombre de citoyens en raison notamment des larges horizons que cette integration ouvrirait à la population et particulièreent aux jeunes désireux de découvrir l’Europe de l’Ouest et d’y avoir un accès permanent. C’est une question de temps puisque les discussions sont engagées depuis longtemps entre l’Union Europeenne et l’Ukraine. Les commissions aussi bien à Kiev qu’à Bruxelles travaillent d’arrache-pied pour la concrétisation de ce rêve européen.
Une question de temps
La finalisation de ce projet ambitieux n’est q’une question de temps. La balle est dans le camp des ukrainiens comme l’indique M. Kostyaantyn Yeliseyen, député, vice-ministre des affaires étrangère ukrainiens. « Nous accordons une priorité à l’intégration europeenne à part entière, nous sommes dans la phase finale des négociations », nous a-t-il dit. « L’Ukraine voudrait être membre de toutes les structures européennes. Le succès de notre integration dépend de nos réformes. Nous avons certes reçu des obligations mais nous ne sommes pas parvenus à les concrétiser » a-t-il ajouté. Pour le vice-ministre, « il n’ya pas lieu de faire des déclarations fracassantes ;nous avons décidé d’avancer à petits pas dans des domaines différents comme celui du transport, de l’energie, du transport aérien, du phytosanitaire, de l’agriculture etc ». Cependant, il a ajouté d’un ton ferme : « Notre décision stratégique a été prise. Il s’agit pour nous d’un message stratégique clair et sans équivoques : aucun pays n’a le droit d’opposer son veto à notre politique extérieure ».
« Définir d’abord les objectifs de l’OTAN »
Pour Oleg Ripachuk, représentant d’une ONG, ancien vice-premier ministre chargé de l’intégration europeenne, « l’intégration à l’UE constitue l’avenir de l’Ukraine. Nous faisons parti de l’Europe et notre histoire est intimement liée à elle. Après l’éclatement de l’URSS, nous avons choisi notre position. » a-t-il dit.
Ce projet ambitieux se heurte cependant à une rétience de la part d’un certain nombre d’opposants à cette integration pour des raisons à la fois nostalgiques et stratégiques.
Comme il suscite l’inquiétude, voire l’hostilité de Moscou qui considère que cette adhésion se fera aux depens de sa propre sécurité dans la région. La présence de l’OTAN près des frontières russes pourrait rompre le fragile équilibre et, par conséquent, contraindre Moscou à revoir sa stratégie en matière de défense.
Leonid Koshara, député et président du parti MP des regions, depute en chef du comite International, est un fervent opposant à une integration de l’Ukraine à l’Otan. Ses arguments sont clairs : « Notre parti n’est pas contre l’Otan mais nous voulons tout d’abord connaitre le cadre général de l’organisation. Nous ne voyons pas clairement que fait aujourd’hui l’OTAN en Afghanistan où nous avons perdu 3500 soldats. » Le député pro-russe avance un autre argument : « Nous ne voulons pas partager les enjeux de l’OTAN car nous n’adhérons pas à la conception de George Bush de sa politique de lutte contre le terrorisme. Au contraire, sa politique est à l’origine des problèmes que connait le monde aujourd’hui. Si nous prenons le pouvoir, nous changerons notre politique envers l’UE. » dit-il.
Le scénario géorgien n’aura pas lieu
Le bras de fer est engagé entre les partisans et les opposants à l’integration de l’Ukraine avec l’Europe. Tous les protagonistes soutiennent cependant l’idée selon laquelle les divergences entre Kiev et Moscou sur cette épineuse question ne peuvent être réglée que par le dialogue. Le scénario géorgien n’aura pas lieu pour plusieurs raisons objectives. L’Ukraine n’est pas la Georgie. Plus vaste que la France, elle compte une population de 48 millions d’habitants. Elle dispose d’une armée de près d’un million de soldats. Une confrontation militaire entre les deux pays conduirait à une catastrophe régionale. De l’avis des observateurs et des experts militiares aue nous avons rencontré à Kiev. Les deux pays ne sont pas disposées à courir un tel risque, selon eux.
Lotfi TOUATI- Le Quotidien Le 5 juin 2009