Le Maroc donne l’impression d’avoir gagné le jackpot avec le statut avancé octroyé par Bruxelles depuis octobre 2008. La commission européenne tout en saluant les
réformes réalisées attend beaucoup plus d’un pays qu’elle a érigé en exemple pour les pays du Sud. Un peu
hâtivement peut-être…
Soyons clairs là-dessus : les rapports entre l’Union européenne et le royaume chérifien se résument en une classique histoire de real politik. « Plus de réformes sans toucher à la sacro
sainte stabilité du pays », explique Rosa Balfour de l’European policy center, un Think tank établi à Bruxelles. Alors que le
Maroc se réunit avec l’Union des 27 les 6 et 7 mars à Grenade,
dans une Andalousie jadis arabe et dans un sommet, le premier du genre avec un
pays du Sud de la Méditerranée, à Bruxelles, quartier général de la Commission
européenne, les déclarations quoique positifs à l’égard du
Maroc dégagent aussi un sentiment de « peut mieux faire». C’’est à l’occasion d’un séminaire qui a réuni du 1er
au 5 mars dans la capitale belge une brochette de 24 journalistes venus du
Maroc, mais aussi de l’Algérie, de la Tunisie et du Liban que
l’on en a eu la démonstration.
Réunis dans le cadre de l’Europen Neighbourhood journalism network , les
journalistes sont venus également en apprendre un peu plus sur cette fameuse
« politique européenne de voisinage (PEV) et ses perspectives d’avenir ».
A star is born…
« Le Maroc est la star de la PEV, le bon exemple à suivre pour les pays du Sud. C’est pour
cette raison qu’il obtient le plus
de la commission », renchérit Mme Balfour. Et les chiffres
sont là pour l’étayer. Entre 2011 et 2013, le Maroc recevra un peu moins
de 600 millions d’euros en aides dont une bonne partie ira pour l’appui budgétaire sectoriel. Loin, très loin de la Tunisie et de l’Algérie. Le Maroc est le seul pays du Sud de la rive à bénéficier depuis
octobre 2008 d’un statut avancé. Un partenariat plus que l’association, mais moins que l’adhésion. Et c’est
exactement ce que Mohammed VI appelait de tous ses vœux, en mars 2000, moins d’un an après son intronisation à Paris.
Le statut avancé est également l’expression de la confiance de l’U.E vis-à-vis du royaume chérifien. « Nous n’avons pas de véritables problèmes avec le Maroc. Nos
rapports sont presque privilégiés. Une commission mixte verra le jour les
prochaines semaines pour discuter des moyens pour appliquer toutes les
dispositions du statut avancé », tranche Pier Antonio Panzeri, président de la
délégation interparlementaire pour les relations avec les pays du Maghreb au
Parlement européen. Le Maroc a d’ailleurs entrepris de nombreuses
réformes, notamment dans le secteur de la réglementation. Il est également un
grand allié dans la lutte antiterroriste et « joue » très bien
le rôle de gendarme de l’Europe en arrêtant, parfois violemment
il est vrai, les masses de migrants économiques subsahariens cherchant à
rallier le vieux continent.
Dans un autre registre, les premières années de règne de Mohammed VI ont donné l’impression que le Maroc se dirige vers une alternance démocratique et l’établissement d’un véritable Etat de droit. Le pays a adopté un
code de la famille plus juste envers son « sexe faible» et s’est essayé à travers la création de l’Instance
équité et réconciliation (IER) à revisiter le triste passé d’Hassan II. Une sorte de justice transitionnelle unique au monde puisqu’il n’y a pas eu de changement de régime… Une opération de charme qui a permis au Maroc de convaincre son vis-à-vis
européen du sérieux de son entreprise. De toute manière, les pays de l’Est de l’Europe étaient des pays totalitaires pendant des
décennies et un appui de l’U.E leur a bien permis d’opérer la démocratisation voulue.
Le revers de la médaille
Pourtant, le Maroc a enregistré ces dernières années un net recul dans les domaines des droits de l’homme et de
la liberté de presse. Toutes les organisations de droits de l’homme comme Human Right Watch (HRW), Freedom House ou Amnesty International
le soulignent dans leurs rapports régulièrement. Plus encore : alors que
le Maroc reçoit cette importante manne financière de l’U.E, le pays voit son
classement dans des secteurs aussi vitaux que la corruption, l’indépendance de la justice ou encore la qualité de l’enseignement s’empirer. Un responsable sur place nous a confié que la
commission européenne ne va plus s’investir dans la réforme de la justice,
« le Maroc n’ayant pas présenté
un plan sérieux et ne semble pas avoir une volonté politique pour le faire ».
Idem pour l’Initiative nationale de développement humain (Indh) dont
la commission était un des financiers « et qui a prouvé toute son
inefficacité », ajoute le même responsable. 2009 a été aussi une année de
violations répétées par le Pouvoir marocain contre la presse :
emprisonnement de journalistes, fermetures de journaux… Les
responsables de la commission sont conscients de la situation. « Plus
de moyens et plus d’opportunités
impliquent de la part du Maroc plus d’engagements
envers l’U.E. Un engagement dans le sens d’une progression vers le modèle européen. Et cela s’applique également sur les normes des droits de l’homme et de démocratisation », lance Bernard
Brunet, chef d’unité Maghreb des relations extérieurs de la commission
européenne. Une déclaration qui fait écho à une autre faite le mois dernier à
Marrakech par l’Ambassadeur de l’U.E à Rabat insistant sur le fait que
« l’U.E ne va plus être un simple facilitateur, mais un acteur
de la promotion de la liberté d’expression au Maroc. » Ce
qui veut tout simplement dire que si le royaume veut aller de l’avant dans sa coopération avec le vieux continent, cela passera
nécessairement par une plus grande démocratisation du pays et l’établissement d’un véritable Etat de droit. C’est tout le
mal qu’on lui souhaite…
Hicham Houdaïfa
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