Journalism Network

Azerbaïdjan : pays de tous les contrastes par Hicham Houdaïfa, Bakou le 07 mai 2010

L’argent du pétrole a permis à ce pays coincé entre l’Iran, la Géorgie et la mer Caspienne de se donner des airs de modernité. Pourtant, le pays est mené par une main de fer et la liberté de presse est loin d’être une priorité pour le Pouvoir en place. Un peu comme le Maroc.

 

Bakou. La route qui mène de l’aéroport Heydar Aliyev à cette métropole du Caucase est embelli par des monuments en marbre. De même que le centre-ville digne des plus grandes capitales occidentales avec ses boutiques et luxueuses franchises, grands parcs, cafés et restaurants. Tout le contraire de ce que l’on peut imaginer d’une ex-république soviétique qui n’a même pas encore fêté ses vingt ans d’indépendance et qui est loin d’être un modèle de démocratie. « C’est grâce à l’argent du pétrole et du gaz que l’Azerbaïdjan est en train de se construire », déclare un analyste de la place. Vrai quand on ne quitte pas le centre-ville et sa belle mosquée, son métro moderne, son mémorial dédié aux victimes de la guerre contre « l’envahisseur » arménien et ses multiples magasins de marques aussi prestigieuses que Chanel, Armani ou encore Dolce Gabanna. Faux ailleurs : Dès que l’on sort de ce lieu, on se retrouve dans des quartiers nous rappelant les bidonvilles de  Casablanca.

 

Au pays des Aliyev

 

« Le niveau de vie est très cher alors que le salaire moyen est loin d’être élevé. Un médecin dans le secteur public ne gagne pas plus de 500 euros par mois. Et un professeur dans un lycée reçoit en moyenne un salaire de 300 euros par mois. Ce ne sont certainement pas ces personnes-là qui peuvent se permettre d’acheter le sac à 400 euros chez D&G », explique cette jeune journaliste azéri de 22 ans. L’informel représenterait la moitié de l’économie du pays et touche tous les secteurs. « Cela permet au moins au gens de vivre », soupire la journaliste. D’ailleurs, sur cette fameuse autoroute qui mène de l’aéroport au centre-ville, une longue muraille en marbre a été construite afin de montrer toute l’étendue du génie de l’artisan azéri. Mais aussi pour éviter aux visiteurs toute la misère qui se cache derrière. Une méthode bien de chez nous… Comme au Maroc, l’Azerbaïdjan assure à ses citoyens la gratuité des prestations scolaires et sanitaires. Mais là aussi, il y a un parallèle à faire. « Les gens se sentent obligés de graisser la patte des fonctionnaires des hôpitaux, aux infirmiers et aux médecins pour bénéficier d’un bon traitement. La corruption sévit partout », avoue notre journaliste. Actualité révélatrice : les Iraniens refusent de reconnaitre tous les diplômes supérieurs d’Azerbaïdjan : on peut tous les acheter pourvu que l’on mette le prix fort.

Au Maroc, chaque grande avenue porte bien sûr le nom d’un de nos illustres monarques alaouites (Mohammed V, Hassan II ou Mohammed VI). En Azerbaïdjan, ce sont les grands édifices publics qui portent toujours le nom du « père de l’indépendance azéri » Heydar Aliyev. En fait, à Bakou, on fait mieux : pas une grande avenue ne dispose d’un grand portrait de Heydar Aliyev souriant avec le drapeau azéri et le soleil comme fonds d’image. Le nouveau président Ilham n’a rien changé de cette tradition puisque lui-même n’est que le fils de son père. Mais tout n’est pas sombre dans ce beau pays qui a vu naitre les premières communautés zoroastriens, les fameux adorateurs de feu (Azerbaïdjan veut littéralement dire pays du feu). Le pays est stable si on le compare à ses voisins. Même si la majorité est turcophone et chiite, l’Azerbaïdjan est un pays laïque. Ce qui permet aux différentes communautés d’avoir les mêmes droits. Dans les brasseries de Bakou, on peut danser sur de la pop turque, du rock russe ou encore sur les hits U.S. L’Azerbaïdjan possède même sa scène rock et hip hop. Le pays peut s’enorgueillir d’avoir été le premier à faire de l’exploitation pétrolière. Un fonds spécial (Le Fonds national du pétrole) sert à construire le pays. « L’argent du pétrole est bloqué dans ce fonds. 14 milliards de dollars ont été dépensés lors de ces 11 dernières années. Il va prioritairement pour trouver du travail et un logement décent pour les réfugiés azéris. C’est avec cet argent également que des hôpitaux et des écoles sont construits et que des secteurs économiques hors pétroles sont encouragés », explique Elshad Nassirov, vice-président de Socar, la société nationale azérie d’hydrocarbures. L’effort de reconstruction dans la capitale azérie est palpable et « la réhabilitation des habitations est assurée par la mairie », assure un autre officiel. A sa décharge aussi, l’Azerbaïdjan doit gérer le conflit encore existant avec l’Arménie sur le territoire du Haut-Karabagh  ainsi que la situation d’un million de réfugiés sur une population totale de 9 millions d’azéris. Un peu comme le Maroc qui traine une épine depuis 35 ans, celle du conflit au Sahara Occidental.

 

Prédateur de la presse

 

Ce qui laisse peu de place aux libertés politiques. Fin avril dernier, Amnesty International a exhorté les autorités azerbaïdjanaises à respecter le droit à la liberté de réunion après que près de 80 de partisans de l’opposition ont été arrêtés à Bakou alors qu’ils se rendaient à une manifestation qui revendiquait le respect des droits aux libertés d’expression et de réunion. La directrice du programme Asie d’Amnesty Halya Golwan avait alors déclaré que « Ces mesures de répression visant des manifestants pacifiques ne sont que le dernier exemple en date des efforts déployés par les autorités azerbaïdjanaises pour réduire les dissidents au silence. » Plusieurs journalistes faisaient partie de ce groupe. Et pour cause : un des leurs, Eynulla Fatullaïev est en prison depuis 2007. Rédacteur en chef et fondateur des principaux journaux d’opposition, l’hebdomadaire Realny Azerbaijan et le quotidien Gundelik Azerbaïjan, Eynulla Fatullaïev avait été condamné, en 2008, pour avoir « insulté l’honneur et la dignité de la nation azerbaïdjanaise », refusé de payer des taxes, et avoir proféré des

« menaces terroristes ». Tout cela pour avoir contesté dans un de ses articles le bilan officiel du massacre de civils azerbaïdjanais perpétré dans la ville de Khojaly en 1992 durant le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans la région du Haut-Karabagh. Pourtant, le vice-ministre des affaires étrangères Hafid Bachayev nous a déclaré que « le conflit est une affaire publique et que les reporters azéris sont libres d’en parler et de critiquer la politique officielle dans la gestion du dossier du Haut-Karabagh. » D’autres journalistes et bloggeurs azéris sont aussi derrière les barreaux. Ce qui fait que l’Azerbaïdjan est classé à la 146ème position dans le classement mondial de la liberté de presse de Reporters sans frontières (le Maroc n’est pas si loin avec sa 127ème place). A la différence près qu’Ilham Aliyev figure parmi les 40 prédateurs de la presse libre pour le compte de l’année passée, une liste établi par la même organisation. « Nous suivons ce dossier avec les responsables du pays. Mais, il ne faut pas oublier que ce pays a regagné son indépendance récemment »,  nous répond l’ambassadeur de l’Union européenne à Bakou Roland Kobia. De la diplomatie ou de la simple langue de bois, à vous de choisir… !

 

Views: 18

Replies to This Discussion

super ton article hicham ce fut un plaisir de te lire mon ami.

RSS

© 2012   Created by Arne Grauls.

Badges  |  Report an Issue  |  Terms of Service